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Crise

La crise du coronavirus illustre notre incapacité à gérer les biens communs ?

La crise du coronavirus est l’occasion de s’interroger sur les fonctionnements de nos sociétés, et en particulier sur notre capacité à gérer nos biens communs de façon responsable. La pandémie de coronavirus est une crise sanitaire sans précédent pour les sociétés modernes. Jamais depuis la grippe espagnole le monde contemporain mondialisé n’avait dû faire face à une épidémie à la fois si rapide, si contagieuse et si difficile à gérer. En effet, notre manière de gérer cette crise collectivement et individuellement en dit long sur la façon dont nous sommes structurés en tant que société.

Quelle gestion collective pour les problèmes globaux ?

Il est frappant de constater à quel point la prise de décision au sujet du coronavirus a été saccadée, fragmentée. Malgré l’existence de nombreuses instances internationales de coopération et de multilatéralisme, les grands pays du monde ont semble-t-il été incapables de se mettre d’accord sur une conduite à tenir face à l’épidémie. Il y a quelques jours encore, le Président des Etats-Unis Donald Trump ironisait et minimisait l’épidémie, au même moment où l’Italie commençait son confinement, et alors que la France, elle, hésitait sur la conduite à tenir. Compte tenu des expériences passées dans le domaine on aurait pu attendre qu’une certaine coopération se mette en place, et que l’on décide collectivement de prendre des mesures pour limiter la propagation Pourtant, rien.

Bien-sûr, chacun est souverain, et de telles décision impliquant des conséquences importantes sur le plan économique et social, elles doivent être prises en prenant en compte cet intérêt souverain. Le système mondial est semble-t-il aujourd’hui incapable de s’imposer ce type de gestion collective des problèmes globaux. Un peu comme dans une forme alternative de la tragédie des biens communs, l’intérêt de chacun continue de supplanter l’intérêt collectif, y compris jusqu’au moment où la crise semble inévitable.

Quelle résilience face aux problèmes de long terme ?

La pandémie de coronavirus illustre aussi de façon éclairante l’absence de gestion de long terme d’une bonne partie des biens et services publics dans nos sociétés. On agit comme si l’objectif d’un système de santé était d’être à l’équilibre financier, ou mieux encore, rentable à court terme. Dans des sociétés où l’ensemble de nos outils de gestion sont fondés sur des indicateurs financiers à court terme, il y a de plus en plus d’exemples de cette absence de gestion du long terme et de la résilience. On bloque les financements publics sur la recherche fondamentale, y compris dans des domaines vitaux comme l’énergie, sous prétexte qu’ils n’offrent pas de perspective financière à moyen terme.

Très peu est fait pour l’adaptation au changement climatique, ou pour anticiper la gestion des crises météorologiques dont on sait pourtant qu’elles sont déjà en train de se multiplier. En bref, si un risque potentiel semble lointain, ou à long terme, il sort des radars.

Intérêts collectifs contre intérêts individuels

Enfin, les réactions suscitées par la crise sont aussi éclairantes au niveau individuel. Il y a d’abord ceux qui ont ignoré les alertes, n’ont pas respecté les consignes de quarantaine, ont continué à se déplacer même quand ce n’était pas nécessaire, à se rassembler, augmentant ainsi les risques de propagation. Résultat, la gestion des stocks et des flux est rendue délicate, avec des risques de pénuries temporaires ou locales. Là encore, on le voit, chacun semble enclin à faire passer son intérêt particulier et ses angoisses avant l’intérêt collectif.

Et là encore, c’est un trait profondément humain que l’on retrouve à la racine de la majorité de nos problèmes de gestion des biens collectifs. Y compris la gestion de nos limites environnementales. Même en situation de crise, il semble difficile de prendre du recul sur notre information et sur ce que l’on partage. Tout cela devrait nous amener à réfléchir sur notre capacité à surmonter les crises.

Par définition, les crises peuvent survenir n’importe quand et aucune société n’en est à l’abri. Il faut donc que nous mettions en oeuvre de meilleurs systèmes pour y faire face. Au niveau institutionnel, au niveau politique mais aussi individuel nous devrons à terme, tirer les leçons de cette crise du coronavirus.

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Page modifiée: 15 April, 2020